« Ah les voyages!
Aux rivages lointains, aux rêves incertains
Que c’est beau les voyages!
Qui effacent au loin nos larmes et nos chagrins » Barbara
Au mois d’octobre 2025, NaturalPad fêtait ses 12 ans d’existence. J’ai la chance de faire partie de cette aventure depuis 5 ans maintenant.
La société a grandi au fil des années, ainsi que la diversité de ses activités. À titre personnel, j’interviens toujours principalement sur le produit qui a lancé la société : MediMoov. Cet outil, qui lui aussi a bien évolué, fait bouger les résidents d’EHPAD et les patients en rééducation de la façon la plus ludique possible, afin de rendre l’indispensable divertissant.

Depuis 5 ans, je réponds aux sollicitations des établissements intéressés par notre produit et je parcours la France afin de le faire découvrir à ceux qui ne le connaissent pas encore.
À l’aube d’un virage dans ma carrière au sein de NaturalPad (et de ma cinquantième année), je voulais témoigner de ces cinq années de route.
Mon lien particulier avec NaturalPad…
Avant de me retrouver là, j’étais issu du monde de la culture. J’ai fait des études d’audiovisuel, travaillé en radio, dans le spectacle vivant, vendu des disques, des livres, géré une boutique indépendante de jeux vidéo. Je me sens riche de cette diversité, mais je sais au fond de moi que ce parcours sinueux est également lié à mon vécu.
À vingt ans, un soir de février 1997, mon véhicule heurte un petit camion de déménagement roulant à contresens. J’y laisse un œil et mon visage subira plusieurs dizaines d’opérations pour réparer les multiples dégâts du crash, le tout étalé sur 17 années. La confrontation avec le milieu hospitalier est dure. Celle avec l’administration et les assurances plus encore. Je n’étalerai pas ici le détail de mon parcours, mais ce passage de ma vie a été fondateur sur les valeurs que je veux défendre, et ce qui me révolte encore aujourd’hui.
Bien que notre système de santé ait évolué au fil des décennies, je suis déjà marqué à l’époque par la difficulté d’être soignant, leur fatigue, leur manque de moyens. L’empathie et le sacrifice des uns, la cruauté et l’orgueil des autres.

Ma convalescence très longue, rythmée par les opérations, m’oblige à rester enfermé de longs mois. Bien que formidablement soutenu par ma famille et mes amis, les jeux vidéo deviennent un fidèle compagnon pour m’évader de ce quotidien où la réparation du corps est la seule priorité.
Ce passage me donnera envie, des années plus tard, de réfléchir à une activité de conseil jeu vidéo auprès de patients longue durée. Les contacts que je développe m’amènent à rencontrer Antoine et Guillaume, à la tête de NaturalPad, dans leurs locaux à Montpellier. Le courant passe rapidement et après les avoir accompagné pendant deux ans en tant que prestataire, je suis embauché par la société au sortir du premier confinement.
Depuis, je présente MediMoov en EHPAD et SMR sur toute la France et les pays francophones.
À mes débuts de l’exercice, ma confrontation avec les EHPAD se limitait à mon cercle familial. Mon regard va rapidement se transformer au fil des visites à travers le pays. L’activité de NaturalPad nous offre un regard unique sur ce secteur dont la crise est notoire.
Le milieu des EHPAD en difficulté
MediMoov se déploie principalement auprès de deux types d’établissements : les SMR (anciennement SSR ou centre de rééducation) et les EHPAD (anciennement maison de retraite). Sa faculté d’adaptation permet de proposer des exercices à des personnes ayant perdu leur mobilité.
Au cours de ces cinq années, j’ai principalement visité les EHPAD de France métropolitaine. Publics, privés, associatifs, de 25 à 250 lits. Contrairement aux à priori que j’entends parfois autour de moi, on ne choisit pas de rentrer en EHPAD (sauf de très rares exceptions comme les conjoints/tes), on le subit par décision médicale. Cette décision lourde de conséquences pour les résidents, voit ces derniers privés de liberté individuelle, contraints de quitter leur logement pour une pièce unique et une alimentation collective subie. Quelle que soit la gamme d’établissement (les loyers variants entre 1500 et 40 000 €), ce postulat est humainement difficile à accepter pour nombre de nos aînés.
Cependant la difficulté ne s’arrête pas à cet état de fait. La crise du COVID, les scandales mis en lumière par le livre Les Fossoyeurs de Victor Castanet, les faits divers relayés par la presse, sont autant de marqueurs médiatiques qui ont mis en lumière les difficultés de fonctionnement de ces établissements. Quel que soit leur statut, les établissements sont soumis à des contraintes économiques lourdes. Les financements publics se réduisant d’années en années et les groupes privés étant soumis à la contrainte de rentabilité.
À ce jour, 7 EHPAD publics sur 10 sont en situation déficitaire.
Le triste épilogue du groupe anciennement nommé ORPEA, suite à la publication de Les Fossoyeurs, a mis en relief la situation des groupes privés et l’impasse dans laquelle se trouve l’État face à eux. Après que les faits exposés dans le livre aient été avérés, le gouvernement n’a pas trouvé de meilleure solution que de prendre le groupe sous tutelle en y injectant plus d’un milliard d’euros. L’éventualité de voir fermer tous ces lits n’était simplement pas envisageable.

Au milieu de ce marasme économique, le personnel doit tant bien que mal assurer le bien être des résidents avec des moyens limités. L’exercice est difficile, voire impossible. Personnel courageux parfois, dépassé souvent, démotivé également à force de travailler dans de mauvaises conditions, en plus de la dureté du métier. Il n’est pas rare de croiser des personnes admirables, dont les efforts forcent le respect pour maintenir le bien être des résidents.
Mais le contexte économique au sein de la santé fait des EHPAD le vilain petit canard du milieu. Il génère peu de vocations et les soignants aspirent rapidement à travailler dans d’autres structures. Nos contacts avec la clientèle sont à renouveler régulièrement, les changements de personnel et l’absentéisme étant nombreux.
Malgré tout, Medimoov apporte de la joie
Dans la difficulté de ce contexte, les visites demandent une certaine solidité face à la détresse et à la souffrance d’autrui. Cependant, en plus de mon attachement au jeu vidéo, je crois fermement aux bienfaits de l’activité physique et à la synergie du corps et de l’esprit.
Ma volonté initiale était d’amener du gaming aux personnes en détresse et MediMoov m’a prouvé par l’exemple, des centaines de fois, qu’il correspondait à cette définition. Bien que parfois réticents à l’exercice, au départ, les résidents adhèrent rapidement à la proposition. La satisfaction que j’éprouve devant leur sourire, agréablement surpris, n’a pas de prix.

Les générations actuellement en EHPAD ne sont pas acculturées au jeu vidéo et l’associent à leurs enfants ou leur petits-enfants. Mais la magie opère malgré tout. C’est une des grandes forces de MediMoov. Le sentiment d’accomplissement d’une simple activité physique, la surprise d’avoir levé un bras aussi haut depuis longtemps, la joie d’avoir participé au jeu assis dans son fauteuil. Toutes ces victoires sont pour les résidents en EHPAD la promesse d’un mieux vieillir.
Ces cinq années de route auront rempli mon cœur de moments gravés à jamais. Des sourires, de la gratitude, de la complicité. La valeur de ces moments est renforcée par un contexte où la solitude et la maladie sont le quotidien qu’affrontent les membres du personnel jour après jour.
Ces beaux moments ne me font pas oublier la détresse de leur situation. Les échanges avec les soignants et les directions de tout le territoire vont dans la même direction. Le modèle économique des EHPAD vacillant impacte sur la qualité de vie de ceux qui y résident et de ceux qui y travaillent. Notre travail, forcément, est rendu plus difficile également face à cette situation. De nombreux établissements manifestent leur intérêt pour notre produit mais de moins en moins semblent capables de le financer en fonds propres.
D’autres priorités…
Dans le contexte actuel, le budget des établissements doit jongler entre l’alimentation, le foncier, le matériel médical, les médicaments, l’animation et l’activité physique. Ces derniers ne sont malheureusement pas prioritaires parmi tous les postes de dépenses évoqués.
Ni le COVID, ni le livre de Victor Castanet n’auront réussi à faire prendre conscience aux gouvernants que le modèle est en crise grave. Les solutions appliquées actuellement sont de l’ordre du pansement sur une fracture.
Je mesure en tant que professionnel que la vente du produit que je défend ne résoudra pas leur situation. En tant qu’homme, je ne me résous pas à accepter que la fin de vie ne soit pas plus belle que ça, pour tant de nos aînés. Que l’activité physique, la sociabilisation, le divertissement ne soient pas prioritaires. C’est avec cet état d’esprit que j’ai sillonné les routes de France pendant cinq années, malgré une légère aversion pour la conduite automobile.

Avec tout le respect que je porte aux centaines de courageux soignants et animateurs que j’ai croisé au fil de ces années, je considère que l’ultime consécration de MediMoov serait de redonner assez de vigueur musculaire et d’autonomie physique pour voir un résident sortir sur ses deux jambes. Et qui sait, peut-être partir en voyage…
« Mais que c’est beau les voyages…
Et lorsque l’on retourne chez soi
Rien n’est comme autrefois
Car nos yeux ont changé, et nous sommes étonnés
De voir comme nos soucis étaient simples et petits » Barbara